Jean-Marie Wynants, Périodique du Musée de la Photographie de Charleroi, (N°163), Mai 2013 (Texte à propos de la série "Goulag Safari")

"Dans le cadre de leur partenariat, Le Soir et le Musée de la Photographie ont lancé la Galerie du Soir. Parallèlement à chaque nouvelle grande exposition du Musée, la Galerie du Soir présente un jeune artiste à découvrir. Un pari sur l´avenir décliné en quatre volets : un accrochage réduit mais significatif au Musée, un portfolio dans la revue Photographie ouverte, une présentation du photographe dans les pages du Soir et une sélection de son travail sur le site www.lesoir.be. Pour cette nouvelle édition de la Galerie du Soir, notre choix s´est porté sur Annabel Werbrouck.

Licenciée en géographie de l'ULB, Anabel Werbrouck se lance sérieusement dans la photographie à partir de 2003 en suivant les cours de l’École de la ville de Bruxelles. "A la base, ce qui m'a amené à la photographie, c'est une envie de montrer ce qui ne se voit pas si on prend pas la peine de regarder", explique-t-elle. "Une envie de montrer l'intimité, l'humanité de différentes couches de la population, bien souvent en marge de la société. Aller à la rencontre des gens, de leur vie, de leur quotidien."
Ses premiers travaux publiés sont consacrés aux créations chorégraphiques de la compagnie D'Ici P pour laquelle elle photographie les spectacles "Lichen", "Izole", "Vietnam for two fishes", Bains Publics"... Parallèlement, elle poursuit ses séries autour de différentes catégories de population. "Une grande partie de mon travail est centrée sur la photographie sociale. Ce qui me permet de découvrir des univers, des mondes qui me resteraient fermés autrement. Je m'intéresse à la marge de la société, marge que je m’efforce de refléter au travers de séries photographiques consacrées aux campings résidentiels, à une cité sociale, ou à ces "familles orphelines" en Éthiopie. Le plus souvent, ces séries montrent autant les lieux, les environnements, que les personnes qui y vivent. "Je cherche à montré l'intimité d'un habitat et de ces occupants, sans misérabilisme ni voyeurisme, mais avec tendresse et réalisme. Si les natures mortes révèlent toujours avec poésie les recoins des habitats, je veux surtout montrer le soin mis par chacun pour faire de son environnement le reflet de soi-même, de ses passions et de son histoire. En observant ces manies, comment ne pas aussi s'interroger sur ce que nos propres intérieurs révèlent de nous-même..."
La série Goulag Safari qu'elle présente dans le cadre de la Galerie du Soir est née après son déménagement à Berlin. Partant à la découverte de la ville, elle en visite notamment les deux grands zoos. "J'y ai été confrontée à une ambiance glauque, lugubre, hors du temps. Un univers proche de la prison, de l'hôpital psychiatrique. C'est cette atmosphère que j'ai voulu faire transparaitre dans ces photos." Sans passe-droit particulier, Annabel werbrouck arpente les lieux comme n'importe quel visiteur mais elle y saisit ce que la plupart d'entre eux ne voient pas, ou préfèrent ne pas voir.
Les animaux sont quasiment absents de cette série où les lieux dans lesquels ils vivent révèlent une ambiance plutôt troublante. "L'atmosphère d’enfermement ressentie est propres à ces zoos mais on pourrait douter parfois du lieu dans lequel on se trouve et être amené à penser qu'il n'héberge pas des animaux mais des êtres humains... Pour moi, ce qui était important c'était de révéler cette atmosphère d'enfermement."
Un choix parfaitement logique de la part d'une jeune femme pour laquelle la photographie est avant tout "un révélateur d'univers"."